Le pire gîte de ma vie

Eauze, dans le Gers, après plus d'un mois de marche. Des draps tachés, un euro pour les changer, et un hôte qui dessine des fleurs sur ma crédential au lieu d'un tampon.

Eauze, dans le Gers, au cœur du Sud-Ouest. Le canard, les produits du terroir, la bonne cuisine française… Je vous laisse imaginer. Tout ce que j'aime.

Cela fait plus d'un mois que je marche sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Environ vingt-cinq kilomètres par jour, avec près de vingt kilos sur le dos. À ce stade, les jambes sont rodées, et le mental aussi. Je commence à me dire que je peux dormir à peu près n'importe où.

J'allais avoir l'occasion de le vérifier.

Sur le chemin, je croise régulièrement un pèlerin qui a environ trois fois mon âge. Un retraité très sympathique, avec quatorze kilos sur le dos et des dizaines d'histoires à raconter. Un personnage un peu mystérieux, avec qui les discussions sur le fonctionnement du monde et de notre société pourraient durer des heures. Il mériterait une anecdote à lui tout seul.

Mais aujourd'hui, c'est de notre hébergement que je veux vous parler.

À environ sept kilomètres du gîte, soit une bonne heure et demie de marche, nous entrons dans un petit bâtiment. Pour être honnête, je ne sais plus très bien pourquoi. Nous y discutons avec un homme portant un bandana, au style très alternatif. Au fil de la conversation, nous lui parlons de l'endroit où nous allons dormir.

« Oh, le gars est super sympa ! C'est juste que les femmes n'aiment pas trop, parce qu'il est toujours pieds nus. »

Sur le moment, rien ne m'alerte. Un type qui marche pieds nus, ce n'est pas ça qui va m'inquiéter. Nous reprenons donc la route.

En fin de journée, nous arrivons devant une vieille bâtisse entourée de verdure. Tout est humide. Les moustiques, eux, ont visiblement trouvé l'endroit parfait.

Notre hôte nous accueille chaleureusement. Les cheveux longs, la quarantaine, très naturel dans sa manière d'être. Il nous explique avoir hérité de la maison et gagner sa vie en accueillant des pèlerins et en donnant des cours de danse traditionnelle.

Il est sympathique. Vraiment.

Puis nous entrons.

La première chose que je remarque, c'est le sol. Très sale, avec des bûches posées par terre. J'ai presque l'impression d'être encore dehors. Sauf que dehors, ça me dérange moins. La nature dans la nature, ça fonctionne. À l'intérieur d'une maison humide, un peu moins.

Il nous fait visiter, puis me montre mon lit. Les draps sont tachés de tous les côtés. Avec le même naturel que s'il me proposait un café, il me dit : « C'est un euro si tu veux que je change les draps. »

Je refuse. Pourquoi ? Avec le recul, c'est une excellente question. Sur le moment, je me dis simplement : au point où on en est…

Il nous annonce ensuite qu'il ne pourra malheureusement pas nous préparer à manger ce soir, puisqu'il donne son cours de danse traditionnelle.

Je suis plutôt soulagé. La visite ne m'a pas spécialement donné envie de découvrir sa cuisine. Et ce que mon compagnon me racontera le lendemain me confortera dans cette intuition.

Pour le dîner, je m'achète donc une poêlée surgelée au supermarché, que je fais revenir dans une poêle du gîte. Je vous laisse apprécier la cohérence : je ne veux pas goûter sa cuisine, mais j'utilise quand même sa poêle.

Puis vient le moment de me coucher. Il fait chaud. Il fait humide. Et je n'ai aucune envie de toucher le lit.

Je m'enfile donc dans mon sac de couchage, bien décidé à y rester entièrement enfermé. Le détail pratique, c'est qu'il est conçu pour des températures proches de zéro degré.

La nuit se résume à ça : avoir trop chaud, vouloir sortir du sac, regarder le lit, puis décider que finalement, avoir trop chaud reste acceptable.

J'attends le matin.

Au réveil, je découvre des verres de vin et une planche de fromages sur la table. Des amis de notre hôte sont venus faire une petite verrée la veille.

Moi, je n'ai qu'une envie : repartir. Je suis fatigué, couvert de piqûres et déjà impatient de prendre une douche au prochain gîte.

Avant de partir, il reste une formalité. Sur le chemin de Saint-Jacques, on fait tamponner sa crédential à chaque étape. C'est le carnet du pèlerin, qui garde une trace du parcours et permet ensuite de demander la Compostela à l'arrivée.

Ici, pas de tampon.

Notre hôte va donc dans le jardin, cueille quelques fleurs et s'en sert pour dessiner directement sur ma crédential. Toujours avec ce naturel désarmant.

Au milieu des tampons bien rangés, je repars avec une œuvre botanique. Si vous voulez voir le résultat, envoyez-moi un message, je vous montrerai la photo.

Mon compagnon, lui, reste pour le petit-déjeuner. Quand je le recroise plus tard, il me raconte avoir vu notre hôte sortir ce qu'il prenait pour du fromage bleu.

C'était du beurre moisi.

Je repense à la poêle de la veille. Puis je préfère penser à autre chose.

Bilan : une nuit presque blanche et pas loin d'une vingtaine de piqûres de moustiques. Mais pas de mal, une histoire à raconter et un mental un peu plus solide.

Avec le recul, je ne regrette pas d'y avoir dormi. Une seule nuit, cela dit, c'était très bien.

Retour au carnet

Continuer la lecture

La Dame Chance

Une femme m'aborde au nord de l'Écosse et se présente comme la Dame Chance.

Suivre MartinBTC : YouTube · X · Instagram · TikTok

Écrire sur WhatsApp