Quand est-ce que c'est la dernière fois que tu as fait quelque chose pour la première fois ?

Si tu dois réfléchir cinq minutes avant de répondre, c'est peut-être que les six derniers mois se sont mélangés. Pourquoi les premières fois ralentissent le temps.

Cette phrase n'est pas de moi, mais elle résonne énormément en moi :

Quand est-ce que c'est la dernière fois que tu as fait quelque chose pour la première fois ?

Je trouve que c'est une question toute simple, mais assez puissante. Parce que si tu dois réfléchir pendant cinq minutes avant de trouver une réponse, ou pire, si tu n'arrives pas à en trouver une du tout, ça vaut peut-être la peine de se demander ce qu'il s'est passé ces derniers mois.

Pas forcément parce que ta vie va mal. Mais peut-être simplement parce que tu t'es laissé glisser dans une routine où les journées se ressemblent tellement qu'elles finissent par se mélanger.

Il y a routine et routine. Je ne pense pas qu'une routine soit mauvaise en soi, au contraire. Une bonne routine peut même être ce qui te maintient debout pendant une période difficile. Tu te lèves à 6h30, tu prends ta douche, tu manges, tu fais du sport, tu vas travailler. Même quand le mental est moins bon, ton corps sait plus ou moins quoi faire parce que le chemin est déjà tracé.

Ce n'est pas de cette routine-là dont je parle. Je parle plutôt de celle où tu te retournes un jour et tu réalises que six mois viennent de passer sans que tu arrives vraiment à distinguer un mois de l'autre.

Tu as travaillé, mangé, dormi, regardé quelques séries, vu les mêmes personnes, pris les mêmes routes, fait plus ou moins les mêmes choses. Rien de dramatique ne s'est passé, mais quand tu essaies de te rappeler ces six derniers mois, il n'y a presque aucun souvenir qui ressort.

C'est une sensation assez étrange. Comme si le temps avait accéléré.

Et je pense qu'il y a une raison assez simple à ça : si le jour 1 ressemble énormément au jour 56, ton cerveau n'a pas beaucoup de raisons de les distinguer. Tout se mélange dans une grosse période appelée « ces derniers mois ».

Faire quelque chose de nouveau ne veut pas dire partir au bout du monde

C'est là que cette question devient intéressante. Quand est-ce que c'est la dernière fois que tu as fait quelque chose pour la première fois ?

Il ne faut pas forcément répondre : « J'ai sauté en parachute au-dessus du Grand Canyon mercredi dernier. » Ça peut être beaucoup plus simple.

Mardi, parce que j'ai essayé de cuisiner un ají de gallina pour la première fois. Samedi soir, parce que j'ai enfin fait cette randonnée de nuit dont tout le monde parle dans ma région. Jeudi dernier, parce que j'ai eu le courage d'aller parler à quelqu'un que je ne connaissais pas. Ce matin, parce que j'ai pris une route différente pour aller quelque part et que j'ai découvert un endroit que je n'avais jamais vu.

Ça peut être minuscule. Le but n'est pas de transformer sa vie en compétition permanente pour savoir qui fait le plus de choses extraordinaires.

Le but, pour moi, c'est simplement de continuer à découvrir. De continuer à créer des premières fois.

Les premières fois ralentissent le temps

Quand je repense à mes voyages, c'est souvent assez frappant. Une semaine dans un endroit complètement nouveau peut me laisser plus de souvenirs que plusieurs mois de vie normale. Pas parce qu'elle a duré plus longtemps. Mais parce qu'il s'est passé énormément de choses nouvelles.

Un nouvel endroit où dormir, une nouvelle personne rencontrée, une nourriture inconnue, une galère imprévue, une route qu'on n'avait jamais prise, une langue différente, une décision à prendre sans savoir exactement ce qui va se passer.

Le cerveau doit être présent. Et quand on est présent, bizarrement, le temps semble beaucoup plus dense.

Je pense que c'est aussi pour ça que les années paraissent parfois passer de plus en plus vite. On connaît déjà énormément de choses. On a nos habitudes, notre travail, nos endroits préférés, nos trajets, nos restaurants, nos vacances. Tout devient plus efficace, mais aussi plus prévisible.

Ce n'est pas forcément mauvais. Une vie entièrement imprévisible serait probablement épuisante. Mais je trouve important de garder volontairement un peu de nouveauté dedans.

Il faut juste être honnête avec soi-même

Je ne pense pas qu'il faille se fixer une règle stupide du genre « une nouvelle expérience par semaine ». Il n'y a pas de quota. Il n'y a pas de bonne réponse. Il faut juste être honnête avec soi-même.

Si je te demande aujourd'hui : Quand est-ce que c'est la dernière fois que tu as fait quelque chose pour la première fois ? Et que tu peux me répondre naturellement : « hier », « la semaine dernière » ou même « le mois dernier », très bien.

Mais si ta dernière vraie réponse remonte à deux ans… Peut-être que la question mérite de rester quelque part dans un coin de ta tête. Pas pour culpabiliser. Simplement pour éviter de te réveiller un jour avec l'impression que les cinq dernières années ont disparu en un claquement de doigts.

Pour ma part, j'ai envie de pouvoir répondre à cette question toute ma vie. Pas forcément avec une histoire incroyable. Parfois simplement avec : « Mardi. J'ai essayé quelque chose de nouveau. »

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