Le piège de la vie confortable
La prison dorée n'a pas de barreaux, et c'est ce qui la rend efficace.
Avoir une idée n'est pas difficile, passer à l'action l'est beaucoup plus. Pourquoi « bientôt » est une date confortable qui n'existe jamais vraiment.
On a tous des idées. Faire le tour du monde, lancer un projet, changer de travail, partir vivre ailleurs, apprendre une langue, traverser un pays en voiture, créer une entreprise, commencer une chaîne YouTube.
Et avoir des idées, c'est agréable. On peut passer des heures à imaginer ce qu'on fera, regarder des vidéos, comparer des destinations, construire des plans dans notre tête. Pendant un instant, on a presque l'impression d'avoir déjà commencé.
Sauf qu'il ne s'est encore rien passé. Et au final, la seule chose qui compte vraiment, c'est ce qui existe dans le monde réel.
Tout le monde ou presque a déjà dit : « Un jour, je ferai le tour du monde. » Combien l'ont réellement fait ? Combien ont dit : « Cet été je pars faire un gros road trip », puis sont finalement restés chez eux parce que ce n'était pas le bon moment ? Combien ont une idée de business depuis trois ans mais n'ont jamais envoyé le premier message à un client potentiel ?
Avoir une idée n'est pas très difficile. Passer à l'action l'est beaucoup plus. C'est justement pour ça que j'essaie de plus en plus de me placer du côté de ceux qui font.
Pardon, je vous embarque avec moi dans l'histoire, mais je veux faire partie des acteurs plutôt que des spectateurs. Même si parfois je me loupe. Même si un projet ne fonctionne pas. Même si je dépense de l'argent pour quelque chose qui s'avère être une mauvaise idée. Au moins, quelque chose se sera réellement passé.
Je pense que l'un des plus gros pièges est d'attendre de se sentir prêt. Parce que ce moment n'arrive presque jamais.
Pour une vraie aventure, il restera toujours une bonne raison d'attendre : il faudrait économiser encore un peu, mieux organiser les choses, attendre une meilleure période au travail, améliorer son anglais, avoir plus d'expérience, regarder encore quelques vidéos, attendre que les prix des billets baissent.
Notre cerveau est très bon pour ça. Il ne nous dit pas forcément : « N'y va jamais. » Il est beaucoup plus subtil. Il nous dit : « Pas maintenant. Mais bientôt. »
Et « bientôt » est une date extrêmement confortable parce qu'elle n'existe pas vraiment.
Je crois donc beaucoup aux actions qui t'obligent à avancer. Acheter le billet d'avion. Envoyer le message. Réserver quelque chose. Donner son congé. Annoncer publiquement un projet. Payer l'inscription. Faire la première dépense.
À partir de là, ton idée commence à avoir des conséquences dans le monde réel. Quand ton billet d'avion est acheté pour dans trois mois, tu ne te demandes plus pendant trois mois si tu vas partir. Tu commences à te demander comment tu vas partir. C'est complètement différent.
Je l'ai vécu plusieurs fois. Pour beaucoup de mes voyages, je n'étais pas spécialement « prêt ». À un moment, j'ai simplement créé une situation dans laquelle je devais le devenir. Et bizarrement, on trouve des solutions.
Le deuxième frein est très proche du premier : le temps. « Je le ferai quand j'aurai le temps. » Je pense que cette phrase enterre énormément de projets.
Parce que du temps disponible par magie, ça n'arrive quasiment jamais. Tu ne te réveilles pas un mardi matin en te disant : « Incroyable, j'ai six mois de libre devant moi, suffisamment d'argent et aucune obligation. Je vais faire le tour du monde. » Ça ne marche généralement pas comme ça.
Le raisonnement doit être inversé. Tu te dis : « Je veux faire le tour du monde. » Et ensuite tu construis les six mois nécessaires.
Tu économises. Tu organises ton travail. Tu réduis certaines dépenses. Tu poses tes dates. Tu prends ton billet.
Le temps apparaît parce que tu as décidé que quelque chose était suffisamment important pour lui faire de la place.
C'est exactement pareil pour énormément de projets. On dit souvent qu'on n'a pas le temps de créer quelque chose, de voyager, de faire du sport, d'écrire ou de se lancer. Parfois c'est vrai. Nous avons tous des contraintes différentes et certaines périodes de la vie rendent certaines choses très difficiles.
Mais souvent, « je n'ai pas le temps » signifie surtout : « Je n'ai pas encore décidé de donner suffisamment de priorité à cette chose. » Et ça, c'est déjà beaucoup plus intéressant à regarder en face.
Je ne pense pas qu'il faille devenir inconscient pour autant. Agir avant d'être prêt ne veut pas dire mettre toutes ses économies sur une idée complètement stupide demain matin. Ce n'est pas non plus ignorer les conséquences de ses décisions.
Ça veut simplement dire accepter qu'à un certain moment, réfléchir davantage ne change plus grand-chose. Il faut tester le réel.
Envoyer le mail et voir si quelqu'un répond. Publier la vidéo et voir si quelqu'un la regarde. Acheter le billet et voir comment se déroule le voyage. Lancer le site et voir si quelqu'un vient dessus. Parler au premier client. Mettre quelque chose en vente. Faire le premier kilomètre.
La réalité donne beaucoup plus d'informations que des semaines passées à réfléchir.
Et au pire ? On se plante. Je préfère de plus en plus une erreur réelle à un projet parfait qui n'a jamais existé. Une erreur t'apprend quelque chose. Une idée que tu gardes pendant cinq ans dans ta tête ne t'apprend presque rien.
Il y aura toujours une part de peur, une mauvaise raison d'attendre et un détail qui manque. À un moment, il faut accepter ça et faire quand même le premier pas.
Parce qu'au fond, je crois qu'on ne devient pas prêt avant de commencer. On devient prêt parce qu'on a commencé.
Il reste évidemment un gros sujet derrière tout ça : l'argent. Voyager, quitter un travail ou lancer un projet demande souvent une certaine marge financière. J'y consacrerai un article à part, et je l'ajouterai ici lorsqu'il sera publié.
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